Chapelle de Lorette - Porrentruy

Lieu de prière et de recueillement à l’écart de la ville, la chapelle de Lorette a été construite en 1653/57 par l’entrepreneur Jean Guignon à la suite d’un vœu fait par les bourgeois de Porrentruy lors de la Guerre de Trente Ans.

La partie ouest, en pierre de taille, a été ajoutée en 1706 et 1721. Le petit bâtiment, dont l’architecture a ensuite été unifiée, a fait l’objet d’une restauration globale en 1817/18. Il a été rénové en 1935/36 et réaménagé depuis lors. L’intérieur de la chapelle a été remis en valeur lors de la dernière restauration achevée en 1992. Le bâtiment, de plan rectangulaire, est abrité sous un toit à deux pans avec campanile. Il comprend une annexe, du XIXe siècle, le logement du chapelain.

La voûte en berceau est ornée d’une peinture de 1936, œuvre de Maurice Lapaire. Les vitraux, réalisés par le même artiste, datent de 1968. L’autel, dont le riche retable baroque remonte aux années 1670, provient de l’église d’Erschmatt en Valais. La statue de la Vierge à l’Enfant, provenant de Porrentruy, a été sculptée vers 1700. Le chemin de croix, richement historié, est une œuvre du XIXe siècle. Un ex-voto du XVIIIe siècle ainsi qu’un tableau de Léon Prêtre, de 1914, représentent Porrentruy sous la protection de Notre-Dame de Lorette.

L’origine de la chapelle est à situer dans le contexte de la Guerre de Trente Ans lors de laquelle le pays de Porrentruy eut à subir des incursions et des occupations de troupes, tant ennemies qu’amies. Les annales des Annonciades relatent l’épisode à la suite duquel fut bâtie la chapelle de Lorette : « L’an 1634, Les Suédois vinrent devant cette ville pour l’assiéger et étaient résolus d’y mettre tout à feu et à sang, d’où vient que le P. Chavasse, jésuite et prédicateur de la ville, ayant confessé lesdites religieuses la veille de l’Annonciation de Notre-Dame, leur dit qu’il fallait se disposer à mourir tant le danger de la ville estoit évident, de quoi lesdites religieuses étant réduites dans la dernière appréhension, portèrent la statue de Notre-Dame qu’elles avaient apportée de leur monastère d’Haguenau, dans une salle haute de la maison où elles demeuroient et de laquelle salle on découvroit l’armée ennemie dont les soldats s’étoient arrestés dans la Haute-Fin, duquel côté lesdites religieuses ayant tournée ladite statue de Notre-Dame se prosternèrent devant elle et lui firent un vœu pour la délivrance de la vielle : après quoi et le lendemain matin on vite paraître à la pointe du jour une nuée fort basse en forme de manteau bleu et ce au-dessus de la place où est bastie la chapelle de Lorette, ce qui fut estimé comme une marque visible de la protection de la Sainte Vierge. Et par effet, le même jour de l’Annonciation, ladite armée quitta et se retira, et en action de grâces de cette protection on a bâti ladite chapelle de Lorette. » (cité par A. Membrez, Eglises et chapelles du Jura bernois. Olten, 1938, p. 252).

La statue mentionnée dans les annales des Annonciades se trouve aujourd’hui dans la chapelle St-Michel de l’église paroissiale dont elle est un des plus précieux ornements. Elle atteste la pérennité à travers les siècles de la dévotion bruntrutaine et ajoulote à Notre-Dame.


Porrentruy, automne 1996   Marcel Berthold

Video restauration de la chapelle en 2015

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Discours de l'architecte lors de l'inauguration de la chapelle restaurée

Assomption du 15 août 2015
Inauguration des travaux de rénovation de la chapelle de Lorette à Porrentruy
 
La chapelle de Lorette fait partie de la légende dorée de notre cité.
 
Lorsqu’en 1634, le 25 mars, la ville de Porrentruy menacée par les Suédois fut sauvée contre toute espérance, la merveilleuse délivrance fut attribuée à l’intervention de la Sainte Vierge. On décide alors d’élever en reconnaissance du miraculeux bienfait, une chapelle à la Mère de Dieu, au lieu même où l’ennemi ayant campé, s’arrêta et rebroussa chemin.
 
C’est le 22 mai 1653 que furent posées les fondations de la chapelle de Marie, au pied de la colline où les feux de l’armée suédoise avaient brûlé dix-neuf ans auparavant. Elle prit le nom de Chapelle de Lorette, du sanctuaire italien dont elle reproduisait fidèlement les dimensions. Le modeste édifice fut consacré le dimanche 8 avril de l’année suivante et la première messe célébrée le 11 novembre 1654.
 
Par la suite, la chapelle fut transformée à plusieurs reprises avec notamment un agrandissement en 1721 et son histoire marquée par de nombreux fléaux. Lorsque les Français firent irruption dans le pays en 1792, comme tant d’autres églises et sanctuaires, Lorette fut dépouillée de ses ornements, ses ex-voto disparurent dans les flammes puis le sanctuaire de Marie fut converti en étable. Il n’en resta que les murs et le toit. Par la suite, la chapelle servit de logis jusqu’en 1817 à un fonctionnaire français qui l’avait achetée pour une poignée d’assignats. A cette date, le Conseil de ville racheta les ruines de l’édifice et la restauration fut si prompte qu’on put y célébrer le Saint Sacrifice dès le 6 septembre 1818. Les pèlerinages, après 25 ans d’interdiction, se rétablirent et les paroisses ne connurent point d’obstacles à leurs processions, jusqu’aux mauvais jours qui virent le sanctuaire profané à nouveau en 1873. Cinq ans plus tard, Notre-Dame de Lorette était heureusement et définitivement rendue au culte catholique.
 
La voûte de la chapelle ayant cédé en 1935, la paroisse ouvrit une souscription qui révéla une fois de plus la générosité des paroissiens, grâce à laquelle fut entreprise une importante restauration intérieure en 1936. A l’époque, une grille en fer forgé, très haute, sépare la nef du chœur habité par un maître-autel rehaussé de décors. Les nouvelles fresques de 1937 du peintre bruntrutain Maurice Lapaire en sont la principale richesse. On y voit la scène connue de la délivrance miraculeuse de Porrentruy avec à la voûte, la Vierge. A l’intérieur encore, un Chemin de croix très original, en cuivre argenté repoussé à l’ancienne, datant probablement de 1881, avec les signatures de Jean-Baptiste Germain pour l’artiste et Léopold Oudry pour l’éditeur. Enfin, à travers la nef, des oculi, au fond et sur les côtés, offrent le rayonnement de leurs verres colorés.
 
Voilà l’héritage de la chapelle de Lorette, inscrite depuis 1991 au répertoire des biens culturels de la République et Canton du Jura avec pour description : chapelle votive urbaine à l’Est de la ville, simple bâtiment à campanile avec logis du chapelain en annexe. Nef unique et chœur voûtés en plein-cintre.
 
Autant sa signification historique que sa dimension religieuse font de cette chapelle un objet culturel digne d’être conservé et remis en valeur. C’est dans cette perspective et en étroite collaboration avec l’Office cantonal de la culture, que nous avons élaboré un projet de rénovation faisant suite à la réhabilitation de la maison du chapelain déjà effectuée en 2009 et 2010.
Avec le temps, la toiture avait souffert, des problèmes d’humidité se posaient, les joints de portes étaient colmatés par du papier journal, l’éclairage était désuet, l’intérieur s’était assombri, fresques et décors commençaient à s’estomper. Dehors, les marches du parvis s’effritaient et les façades portaient les stigmates des réfections réalisées de-ci de-là. Par ailleurs, le bâtiment était difficile d’accès pour les personnes à mobilité réduite.
 
Les autorités paroissiales sont donc parvenues à la conclusion qu’une véritable restauration du bâtiment s’imposait. C’est ainsi qu’un crédit de Fr. 518'000.— a été engagé pour mener à bien les travaux intérieurs et extérieurs qui se sont déroulés du 19 janvier 2015 au 17 juillet dernier, soit durant 6 mois.
 
Le chœur de la chapelle est actuellement habité par un nouvel autel spécialement dessiné, par une Vierge à l’Enfant et un tabernacle en provenance de l’ancienne chapelle Ste-Ursule, tous deux offerts par la Fondation de l’école, ainsi que d’un crucifix également en provenance de la même chapelle et prêté par le Musée de l’Hôtel-Dieu.
 
La dernière touche sera l’installation à Lorette du maître-autel du couvent des Annonciades, récupéré à la chapelle de Ste-Croix à Fontenais et actuellement en attente d’une importante restauration. Il s’agit d’un ouvrage du 18e siècle dédié à la Vierge. Il remplacera le maître-autel originaire du Haut-Valais, propriété du Musée d’Histoire de Berne, qui a procédé à son déménagement le 26 janvier de cette année, avant la mise en route du chantier. Cette démarche est l’occasion pour la paroisse de Porrentruy de devenir propriétaire d’un autel de grande valeur. Une occasion inespérée sur le plan historique avec le lien entre la chapelle de Lorette et le couvent des Annonciades, puisque ce sont les religieuses du couvent des Annonciades qui seraient à l’origine de la protection de la ville en 1634 par la Sainte Vierge, comme le rappellent les fresques de Maurice Lapaire.
 
Quant à la statue de Notre-Dame de Lorette, devant laquelle les sœurs s’étaient prosternées en 1634, on la vénère habituellement à la chapelle St-Michel de l’église paroissiale de Porrentruy et chaque année le 15 août, à l’occasion du traditionnel pèlerinage de l’Assomption à Lorette.
 
La chapelle de Lorette est un lieu que j’affectionne particulièrement et le mandat qui a été confié à notre bureau me procure la grande joie d’avoir participé à sa sauvegarde, avec toutefois, la responsabilité de conserver son charme mystérieux qui je l’espère, continuera d’opérer.
 
A Lorette, on y vient pour méditer, pour prier, pour espérer…
 
Un grand merci à tous les artisans de cette restauration de l’an 2015, qui s’inscrit dorénavant à la suite de l’histoire de la chapelle de Lorette.
 
SIRONI SA ARCHITECTES SIA _ PORRENTRUY
Vital Schaffter

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